Gilles D’Elia

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le journal d’un photographe

9 Juin 2017


Il y a cinq ans j'achetais mon premier appareil photo argentique, un Rollei 35 fabriqué au début des années 1970, et qui avait à peu près le même âge que moi. Cet appareil — extrêmement compact, sans télémètre, sans objectif interchangeable, et dont la cellule ne fonctionnait plus (m'obligeant à apprendre comment mesurer la lumière avec mes seuls yeux) — me donnait les sensations qui devaient être celles de Cartier-Bresson lorsqu'il découvrit le premier Leica. Jusque-là, je ne m'étais jamais vraiment intéressé à la photographie. C'est justement une photo de Cartier-Bresson qui a réveillé ma vocation. Quand je vis cette photo d'un contrebassiste à vélo, je compris immédiatement que l'on pouvait photographier les choses mêmes — pour moi Cartier-Bresson avait tout simplement réussi à photographier la liberté. Et si l'on pouvait photographier la liberté, que pouvais-je faire d'autre que des photographies ?

Depuis cinq ans, j'ai gardé cette confiance en la possibilité qu'a la photographie de montrer les choses mêmes, y compris les sentiments. Et avec cette photo d'un clair de lune à la tombée de la nuit, j'ai voulu photographier l'arrivée de l'été. Le sentiment même que l'on éprouve lorsque l'été arrive. Il y a tant de signes (vestimentaires, etc.) qui prouvent l'arrivée d'une saison — mais justement, photographier les choses c'est d'abord éviter d'en photographier les preuves : si l'on doit prouver qu'une chose existe, c'est déjà qu'on en doute, autant dire que cela commence très mal pour que cette chose se laisse approcher.

Ce qui fait que l'on peut s'approcher d'une chose jusqu'à la photographier, c'est que les choses ne sont pas isolées, elles se montrent toujours à nous dans un agencement. L'arrivée de l'été, c'est le début de la chaleur accablante qui rend nécessaire la sieste, c'est le matin frais plutôt que le matin froid, plus tard les roses au soleil de midi, et puis la recherche d'un coin d'ombre à travers les rues de la ville. C'est enfin le chant du soir, le clair de lune, le retour de cette douce fraîcheur attendue pendant toute la journée. C'est, je l'espère, ce que montre cette photographie prise de ma fenêtre.


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À suivre »