Gilles D’Elia

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Journal d’un Photographe


14 juillet 2018



Paris — Place de la Bastille.

La Place de la Bastille, symbole absolu de la Révolution française — et de la Révolution tout court. En 2018, la Place de la Bastille n’a rien perdu de sa vocation : elle symbolise toujours la Révolution — mais on parle bien ici de l’actuelle révolution : la Révolution Numérique ! Voilà pourquoi, sur la colonne de Juillet, on peut lire cet hommage : « Au parisien qui a écouté “Cold Water” 26 fois le jour le plus chaud de l’année ». Signé : Spotify. Bien vu. La révolution numérique c’est aussi une affaire de symboles. Celui-là est fort : en place de la Bastille, on érige désormais un autel au citoyen le plus débile de la patrie.




12 juillet 2018



Paris — Boulevard des Batignolles.




10 juillet 2018



Paris — L’église Saint-Eustache, au cœur du quartier des Halles.




9 juillet 2018



Paris — Les Halles.




8 juillet 2018



“Il faut bien avouer qu’il y avait dans la résistance des Halles, dans les Halles mêmes, quelque chose de pas clair. Il est des emplacements qui, pour avoir été un jour victimes ou témoins d’une mauvaise action, d’un sacrilège parfois oublié, une église détruite, un palais saccagé, un lambeau de gloire abandonné aux chiens, sont devenus des lieux maudits où désormais tout échoue. Beau livre à écrire ! J’ignore ce qu’il adviendra de l’emplacement des Halles. En bon citoyen, j’espère qu’on finira par y bâtir quelque chose de beau, qui ne remplacera pourtant jamais ce qui a disparu. Puissent les Halles ne pas se venger à jamais de ce qu’on leur a fait, si du moins il reste encore quelque chose d’elles, quelque chose d’oublié, dans les abîmes aujourd’hui stérilisés où elles enfonçaient leurs racines, où elles cachaient leur force ! Il y avait les Halles visibles, joyeuses, éblouissantes dans la nuit, à la fois laborieuses et débonnaires. Et puis il y avait les Halles souterraines, secrètes, ténébreuses, capables du plus grand bien comme du plus grand mal, de causer l’abondance ou la famine, l’ordre ou le désordre, la joie de vivre ou le choléra, les Halles véritables, les Halles profondes … Plus rien à voir aux Halles, c’est-à-dire à Paris … Le Paradis perdu.” — Louis Chevalier, L’Assassinat de Paris (1977).




5 juillet 2018



Au Jardin des Tuileries, un “shooting” de mode. L’équipe s’affaire à photographier ce modèle de toutes les façons possibles pour mettre en valeur une ligne de vêtements. J’observe discrètement et j’écoute : leur plus gros problème est de la faire poser de manière à ce qu’on ne voit pas trop ses mains, jugées trop imposantes par le “photographe” de mode (les guillemets s’imposent, car un photographe de mode ça n’existe pas — c’est comme si l’on qualifiait d’écrivain un publicitaire qui rédige des slogans). Bref, c’est une séance-photo comme il y en a des dizaines chaque jour à Paris, pas de quoi s’attarder, je passe mon chemin. Mais plus tard, par hasard, je repasse au même endroit : ils sont toujours là. Cela fait deux heures que cette mannequin est en train de mentir à l’objectif, qu’elle enchaîne des moues pathétiques, des airs sévères ou séducteurs et des faux-sourire — autant de poses dont on a l’impression qu’elles lui sont extorquées sous la menace.

Et lorsqu’on accorde à cette prolétaire de la mode le temps de prendre une pause-cigarette, le masque tombe et sur son visage apparaît instantanément l’épuisement de ce rôle dérisoire qu’elle joue depuis des heures. C’est alors que je m’approche, et que je la photographie à cet instant précis. Elle était plongée dans sa lassitude, elle relève la tête, et elle voit encore un autre photographe, qu’elle ne connaît pas : je ne fais pas partie de l’équipe, je ne faisais que passer là, ma seule présence l’agresse. Et c’est alors que dans son regard, toute sa haine, tout son mépris se concentre sur moi : elle me donne tout ce qu’elle n’avait pas le droit de donner au “photographe” de mode. Y compris ces énormes mains qu’il fallait à tout prix dissimuler tout à l’heure et qui se retrouvent maintenant au premier plan. Je suis satisfait de ma prise. La photographie, art de l’apparence s’il en est, consiste pourtant à montrer ce qui se cache derrière les apparences.




4 juillet 2018






2 juillet 2018






30 juin 2018






26 juin 2018



Certains photographes peuvent rester une journée entière au même endroit, et photographier tout ce qui se passe. Je ne travaille pas du tout comme ça, bien au contraire ; j’ai besoin de beaucoup marcher pour voir les rues changer, les couleurs changer… c’est ce qui maintient mon attention visuelle éveillée et stimule mon regard.




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